En résumé :
• L'alopécie areata touche jusqu'à 2% de la population et résulte d'une attaque auto-immune du follicule pileux.
• Le diagnostic repose sur l'examen clinique et la trichoscopie (cheveux en point d'exclamation, points jaunes).
• Les inhibiteurs JAK (baricitinib, ritlecitinib) révolutionnent la prise en charge des formes sévères.
• L'impact psychologique est majeur : dépression et anxiété touchent près de 2 patients sur 3.
Alopécie areata (pelade) : comprendre, diagnostiquer et traiter cette maladie auto-immune du cuir chevelu
L'alopécie areata, plus connue en France sous le nom de pelade, est une maladie auto-immune chronique qui provoque une chute de cheveux par plaques, sans cicatrice. Elle peut toucher le cuir chevelu, la barbe, les sourcils, les cils, voire l'ensemble du corps. Souvent banalisée comme un simple problème esthétique, la pelade est en réalité une pathologie immunologique complexe dont la compréhension a connu une véritable révolution ces dernières années, avec l'arrivée des inhibiteurs de JAK, première classe de médicaments systémiques approuvés spécifiquement pour cette maladie.
Qu'est-ce que l'alopécie areata ?
Définition et fréquence
L'alopécie areata (AA) est un trouble inflammatoire chronique du follicule pileux, médié par le système immunitaire, qui se traduit par une perte de cheveux non cicatricielle. Elle affecte environ 2% de la population mondiale, ce qui en fait la deuxième cause de chute de cheveux après l'alopécie androgénétique. La pelade peut survenir à tout âge, mais débute dans 60% des cas avant 20 ans. Environ 20% des patients rapportent un antécédent familial.
Les différentes formes cliniques
• Pelade en plaques : une ou plusieurs zones rondes ou ovales, glabres, bien délimitées.
• Pelade ophiasique : perte en bande sur les zones temporales et occipitales, de pronostic plus défavorable.
• Pelade sisaipho : motif inverse de l'ophiasis, épargnant la nuque.
• Pelade décalvante totale (alopecia totalis) : perte complète des cheveux du cuir chevelu.
• Pelade universelle (alopecia universalis) : perte de tous les poils du corps.
Dans 10 à 20% des cas, des anomalies des ongles sont associées (piqueturage, stries), souvent signe d'une forme plus sévère.
Vidéo explicative : Hairdex : qu'est-ce que c'est ?
Pourquoi la pelade survient-elle ?
Le privilège immunitaire du follicule pileux
Pour comprendre la pelade, il faut comprendre une particularité du follicule pileux : son privilège immunitaire. Normalement, le bulbe pileux est protégé du système immunitaire. Ce privilège repose sur une expression très faible des molécules du CMH, la production locale de molécules anti-inflammatoires, et l'absence de signaux activateurs pour les cellules NK. Dans la pelade, ce privilège s'effondre.
Les acteurs de l'attaque auto-immune
• Les lymphocytes T CD8+ NKG2D+ reconnaissent les antigènes du follicule et déclenchent l'attaque.
• Ils libèrent de l'interféron-gamma (IFN-γ).
• L'interleukine-15 (IL-15) active en retour les lymphocytes T via la voie JAK-STAT.
Cette compréhension du rôle central de la voie JAK-STAT a justifié le développement des inhibiteurs JAK.
Facteurs de risque et maladies associées
Génétique
La pelade est polygénique. Les études GWAS ont identifié plusieurs gènes de susceptibilité, notamment dans la région HLA de classe II, ainsi que PTPN22, CTLA4, IL2RA.
Maladies associées
• Dermatite atopique
• Maladies thyroïdiennes auto-immunes
• Vitiligo
• Lupus érythémateux
• Diabète de type 1, polyarthrite rhumatoïde, asthme
• Carence en vitamine D et anémie ferriprive
Un bilan biologique initial est recommandé : TSH et T4 libre, anticorps antinucléaires, NFS et ferritinémie.
Comment diagnostiquer la pelade ?
L'examen clinique
• Une ou plusieurs plaques rondes ou ovales de chute non cicatricielle.
• Des cheveux en point d'exclamation en périphérie des plaques.
• Le test de traction positif en bordure de plaque active.
La trichoscopie
• Des points jaunes (follicules dilatés).
• Des points noirs (cheveux cassés).
• Des cheveux courts en repousse (vellus).
Biopsie et bilan biologique
La biopsie n'est nécessaire que dans les cas atypiques. Elle montre un infiltrat lymphocytaire péribulbaire en "essaim d'abeilles".
Évaluation de la sévérité : le score SALT
Le SALT (Severity of Alopecia Tool) quantifie l'étendue de la chute en pourcentage. Un SALT ≥ 50 définit une pelade sévère.
Les traitements de la pelade
Pour les formes localisées (SALT < 50)
Corticoïdes locaux et infiltrations
Les injections intralésionnelles de triamcinolone acétonide constituent le traitement de première ligne chez l'adulte. L'efficacité dépasse 60 à 70% de repousse. Les corticoïdes topiques de forte puissance sont privilégiés chez l'enfant, souvent en association avec du minoxidil topique à 5%.
Pour les formes sévères (SALT ≥ 50)
Les inhibiteurs JAK : une révolution thérapeutique
• Baricitinib (Olumiant®) : approuvé par l'EMA pour l'adulte. Environ 32 à 35% des patients atteignent un SALT ≤ 20 à 36 semaines.
• Ritlecitinib (Litfulo®) : seul approuvé pour les adolescents à partir de 12 ans.
• Deuruxolitinib (Leqselvi™) : approuvé par la FDA en juillet 2024. 41,5% des patients atteignent SALT ≤ 20 à 24 semaines.
Ces traitements nécessitent une prescription spécialisée et un suivi biologique régulier.
Corticothérapie systémique
Réservée aux formes sévères et rapidement évolutives. Le taux de rechute à l'arrêt est élevé.
Immunothérapie de contact (DPCP, SADBE)
La diphencyprone (DPCP) permet une repousse cosmétiquement acceptable chez 30 à 50% des patients sévères.
Ciclosporine et méthotrexate
Ces immunosuppresseurs sont parfois utilisés hors AMM.
Quel pronostic ?
• 34 à 50% des patients récupèrent spontanément en moins d'un an pour les formes localisées.
• 14 à 25% évoluent vers une alopecia totalis ou universalis.
Les facteurs de mauvais pronostic : début dans l'enfance, forme ophiasique, atteinte unguéale, durée prolongée, antécédent atopique. La repousse initiale peut donner des cheveux blancs ou dépigmentés.
L'impact psychologique
• 66,7% des patients présentent des symptômes dépressifs et 73,3% des symptômes anxieux.
• Les patients ont 30 à 38% de risque supplémentaire de dépression.
• 85% rapportent que faire face à la maladie est un défi quotidien.
Le fardeau psychologique n'est pas proportionnel à l'étendue de la chute. Le score DLQI permet d'évaluer cet impact. En France, des associations comme Pelade France offrent un précieux soutien.
Parcours de soins en France
• Consultation chez le dermatologue.
• Bilan biologique.
• Stratégie thérapeutique adaptée à la sévérité.
• Pour les formes sévères, orientation vers un centre de référence (réseau FIMARAD).
• Accompagnement psychologique intégré.
Pelade chez l'enfant
Chez l'enfant, les traitements de première ligne sont les corticoïdes topiques associés au minoxidil. Le ritlecitinib est autorisé à partir de 12 ans en cas de forme sévère.
Conclusion
L'alopécie areata est aujourd'hui une maladie mieux comprise, dont les mécanismes ont ouvert la voie à des traitements ciblés efficaces, en particulier les inhibiteurs JAK. Elle reste une pathologie complexe dont l'impact dépasse largement le cuir chevelu, et nécessite une prise en charge globale, dermatologique et psychologique.
Pelade : une alopécie auto-immune non cicatricielle
La pelade peut toucher le cuir chevelu, la barbe, les sourcils ou l'ensemble du corps. Elle n'est ni contagieuse ni causée par un manque d'hygiène. L'étendue, la durée, l'âge, les ongles et les maladies associées influencent le choix du traitement. Les inhibiteurs de JAK ont élargi les options pour certaines formes sévères, mais nécessitent prescription, bilan et surveillance.
Comment passer d'un symptôme à un diagnostic fiable ?
Le mot alopécie décrit une perte de cheveux, mais ne précise ni sa cause ni son évolution. La première étape consiste à déterminer si la chute est diffuse ou localisée, brutale ou progressive, et si le follicule reste visible. Une peau lisse sans orifices folliculaires, des rougeurs persistantes, des squames adhérentes, des pustules ou une douleur font suspecter une forme cicatricielle ou inflammatoire qui nécessite une consultation rapide.
L'interrogatoire recherche la date de début, les zones atteintes, les antécédents familiaux, les maladies récentes, les opérations, les variations de poids, les médicaments, les régimes et les pratiques de coiffage. Un événement déclencheur peut précéder la chute de deux à quatre mois. Cette latence explique pourquoi une cause est souvent oubliée au moment de la consultation.
Ce que montrent les principaux examens
La trichoscopie agrandit le cuir chevelu et les tiges sans prélèvement. Elle peut révéler une variabilité du diamètre, des cheveux miniaturisés, des points jaunes ou noirs, des cheveux cassés, des gaines et des signes inflammatoires. Le test de traction évalue une chute active, mais son résultat dépend du contexte et ne suffit jamais à lui seul. Le trichogramme étudie les racines de cheveux prélevés, tandis que le phototrichogramme permet des mesures répétées sur une zone définie.
La biopsie est réservée aux situations où l'examen et la trichoscopie ne permettent pas de trancher, notamment devant une suspicion d'alopécie cicatricielle. Le site du prélèvement est déterminant : une zone totalement détruite apporte moins d'informations que la bordure active. Les analyses sanguines sont orientées par l'histoire et les symptômes, plutôt que prescrites de manière identique à tous les patients.
Documenter l'évolution
Des photographies comparables sont prises avec la même lumière, le même angle, la même longueur et la même coiffure. Une zone repérée peut être mesurée en densité et en diamètre. Le comptage quotidien des cheveux tombés est très variable et peut majorer l'anxiété. L'objectif est de suivre une tendance sur plusieurs mois, pas d'interpréter chaque journée.
Pourquoi un diagnostic précoce change la prise en charge
Une alopécie non cicatricielle peut parfois repousser ou être stabilisée lorsque les follicules sont encore actifs. Dans une forme cicatricielle, le traitement vise d'abord à arrêter l'inflammation, car un follicule détruit ne repousse pas spontanément. Commencer un produit au hasard peut masquer les signes, retarder la biopsie ou exposer à des effets indésirables sans traiter la cause.
Préparer utilement la consultation
Avant le rendez-vous, rassemblez les dates de début, les photographies antérieures, la liste des médicaments et compléments, les résultats biologiques récents et les produits appliqués. Notez les symptômes du cuir chevelu et les événements survenus dans les mois précédents. Évitez de modifier plusieurs traitements juste avant l'examen, sauf nécessité médicale, afin que les signes restent interprétables.
Une consultation de qualité doit aboutir à une hypothèse diagnostique expliquée, aux examens réellement nécessaires, à un plan de suivi et à des critères de réévaluation. Si le diagnostic reste incertain, le recours à un dermatologue spécialisé ou à une biopsie vaut mieux que l'accumulation de produits non ciblés.
FAQ
L'alopécie areata est-elle contagieuse ?
Non. Il s'agit d'une maladie auto-immune non contagieuse qui cible les follicules pileux.
La pelade peut-elle repousser spontanément ?
Une repousse spontanée est possible, surtout dans certaines formes localisées, mais les rechutes restent imprévisibles.
À quoi servent les inhibiteurs de JAK ?
Ils modulent des voies immunitaires impliquées dans la pelade sévère et nécessitent une prescription ainsi qu'une surveillance médicale.
Quand consulter pour une pelade ?
Toute plaque récente mérite un diagnostic, surtout si la chute progresse rapidement, touche les sourcils ou les ongles, ou devient étendue.
Références
[1] Harries M, et al. British Association of Dermatologists living guideline for managing people with alopecia areata 2024. Br J Dermatol, 2025.
[2] Guo L, et al. Janus Kinase Inhibitors for Alopecia Areata: A Systematic Review and Meta-Analysis. JAMA Netw Open, 2023.
[3] Yan T, et al. Comparative efficacy and safety of JAK inhibitors in the treatment of moderate-to-severe alopecia areata: a systematic review and network meta-analysis. Front Pharmacol, 2024.






